Bach ne s’est jamais plaint de ne faire chanter ses cantates que par des garçons. Il faut quand même préciser que la Thomasschule n’était pas mixte et que ce fait n’a rien à voir avec un puritanisme et une dimension religieuse sexiste.Et ceci étant dit, Bach a composé ses cantates non pas pour qu’elles soient chantées dans les parties hautes par des femmes mais bien par des garçons. Et c’est une de leur grande chance ! Car en effet quand nous entendons ces parties chantées par n'importe quelle voix de femme nous comprenons bien pourquoi. Ces parties ne sont justement pas faites pour que des « cantatrices » y mettent la force expressive, le phrasé, le souffle , les nuances raffinées, comme l’écrit Gérard Zwang, nous n’avons à faire ni avec de la musique galante, ni avec des opéras .
Et Gérard Zwang fait un parcours historique à l’envers : sans aucune preuve il affirme que Bach destinait les voix hautes aux femmes, il remercie le début du 20ème siècle de leurs avoir redonnées leur rôle que Bach ne leurs a jamais données et traitent d’arrivistes pédants presque homosexuels ceux qui depuis 30 ans maintenant tentent de restituer à la musique du cantor sa forme originelle. Il ne s’agit aucunement de dire que les cantates ne peuvent être chantées que par des garçons ou par des haute-contre pour les parties d’alto, mais qu’il s’agit là de leur distribution originelle, et que Bach écrivait pour cette distribution là..
Souvent d’ailleurs pour des raisons de difficulté de trouver des interprètes masculins à la hauteur des partitions , ces « arrivistes soi-disant pédants » confient à des femmes les parties solistiques. Mais simplement parce que justement avec des idées aussi erronées sur le chant aigu des garçons et des hommes telles que les vomit Gérard Zwang , nous n’avons pas dans nos conservatoires de travail sérieux à partir d’interprètes masculins. Et quant aux femmes qui se lancent dans ce répertoire, elles comprennent bien vite elle même, tout le travail de voix, toute cette pose simple et précise des notes et des mots dans cette architecture équilibrée des partitions de Bach et que cela fasse plaisir à Gérard Zwang, cette simplicité est toute enfantine. Elles savent bien que si l’on chante du Bach, la maîtrise et le timbre qu’elles doivent donner est incompatible avec les répertoires féminins traditionnels. Voilà pourquoi se sont unies à la redécouverte authentique des cantates, des chanteuses qui ne se consacrent qu’à ce répertoire, mais c’est au prix d’un travail et d’une discipline que justement on ne leur avait jamais appris dans nos conservatoires.
Donc « des femmes » chantent très bien Bach mais pour des raisons diamétralement opposées avec les vertus que leurs prêtent Gérard Zwang. Quand ils définissent leur présence par rapport à des rôles dans les personnages des cantates « fille de Sion » « femme de Pilate » , ils contredisent ce qu’ils avaient su écrire assez bien auparavant quant à la particularité des ces œuvres qui ne sont ni des oratorios, ni à plus forte raison des opéras et où il ne s’agit en aucun cas d’assumer des rôles